Illustration de couverture : Gemini & Photoshop
Cela fait un moment que je n’ai pas pris le temps de publier ici, désolé pour cette absence ! Entre la Japan Expo début juillet avec The Project et plusieurs missions pro qui m’ont pas mal occupé, le temps m’a un peu manqué. Mais une proche m’a soufflé une idée qui m’a tout de suite plu, alors autant s’y remettre avec.
On a tous, un jour, passé une heure devant une vidéo où quelqu’un d’autre joue à un jeu vidéo. Pas nous. Quelqu’un d’autre. Et pourtant, on reste scotché, parfois plus longtemps que si on tenait la manette nous-mêmes.
Alors pourquoi regarde-t-on des Let’s Play ? Je vous propose de creuser cette question, avec un focus sur la France, et un petit détour du côté de ce qui se passe ailleurs.
Introduction : un phénomène devenu culturel
Le Let’s Play, ce format où un créateur commente sa partie en temps réel, n’est plus un simple divertissement de niche. C’est un pilier entier de l’économie du streaming, une industrie qui pesait plus de 71 milliards de dollars dans le monde en 2025.
En France, le constat est sans appel : 40,2 millions de Français, soit plus de 7 sur 10, ont joué à un jeu vidéo au moins une fois dans l’année 2025. Mais au-delà du fait de jouer, regarder jouer est devenu une pratique à part entière, ancrée dans le quotidien de millions de personnes.
Alors, qu’est-ce qui nous pousse à préférer regarder plutôt que jouer, parfois ?
Le voyage par procuration
La première raison, la plus évidente, c’est l’accès. Tout le monde n’a pas le temps, le budget ou le setup pour jouer à tous les jeux qui l’intéressent.
Un Let’s Play permet de vivre une aventure, de découvrir un univers, de suivre une histoire, sans posséder le jeu ni même une console adaptée. C’est une forme de voyage par procuration, comparable à la lecture d’un roman d’aventure ou au visionnage d’un film. On vit l’histoire à travers les yeux (et les mains) de quelqu’un d’autre.
C’est particulièrement vrai pour les jeux longs, difficiles, ou chronophages. Beaucoup de joueurs occasionnels préfèrent regarder les 40 heures d’un RPG en accéléré plutôt que de les vivre eux-mêmes, sans perdre le plaisir de la découverte narrative.
💡 La leçon : le Let’s Play démocratise l’accès aux jeux vidéo, indépendamment du temps ou des moyens de chacun.
Le lien social, même à distance
Ce qui distingue vraiment le Let’s Play d’un simple visionnage passif, c’est la dimension sociale. Sur Twitch en particulier, le chat en direct crée une conversation constante entre le créateur et sa communauté.
Les chercheurs appellent ça une relation « parasociale » : un lien psychologique à sens unique où le spectateur a l’impression de connaître intimement le créateur, même si celui-ci ne le connaît pas en retour. Ce phénomène n’est pas nouveau, il existait déjà avec la télévision dans les années 1950. Mais le streaming lui donne une dimension inédite : contrairement à la télé, le créateur peut répondre en direct, citer un pseudo dans le chat, réagir à un don. Cette réciprocité partielle rend le lien beaucoup plus fort.
Des recherches en psychologie montrent d’ailleurs que suivre des streams peut contribuer positivement à certains spectateurs : réduction du stress, sentiment d’appartenance, distraction bienvenue dans les moments difficiles. Ces mêmes travaux soulignent aussi que ce lien reste asymétrique par nature, et qu’il vaut mieux en avoir conscience pour le vivre sainement. Mais pour beaucoup, regarder un Let’s Play, ce n’est pas juste regarder un jeu. C’est retrouver une communauté, presque comme on rejoindrait des amis dans un bar.
💡 La leçon : le Let’s Play répond à un besoin de lien social, particulièrement fort dans une société où l’isolement progresse.
Le cas français : de Game One à Squeezie
Difficile de parler de Let’s Play en France sans évoquer l’histoire de ce format dans notre paysage audiovisuel. Il y a près de 30 ans, l’émission Level One sur Game One posait déjà les bases de ce qu’on appelle aujourd’hui le Let’s Play, bien avant YouTube et Twitch. Une chaîne qui, malgré une rentabilité confirmée sur ses comptes 2024 (10,6 millions d’euros de chiffre d’affaires et 2,48 millions d’euros de bénéfices nets), a fermé ses portes le 31 décembre 2025, pour des raisons stratégiques liées à la restructuration de Paramount après sa fusion avec Skydance, et non par manque d’audience.
Ce basculement raconte une histoire : celle du passage d’un format télévisuel encadré à une consommation individualisée, à la demande, et surtout incarnée par des créateurs plutôt que des chaînes.
En France, Squeezie en est l’exemple le plus emblématique. Deuxième YouTubeur français avec plus de 20 millions d’abonnés, il a construit son succès sur les Let’s Play dès 2011, avant de devenir une figure culturelle à part entière. Son événement GP Explorer a rassemblé plus de 1,34 million de spectateurs simultanés sur Twitch en 2023, un record absolu pour un événement francophone.
Ce qui explique ce succès, ce n’est pas seulement le contenu gaming en lui-même. C’est l’humour, la personnalité, la capacité à raconter une histoire tout en jouant. Le jeu devient un prétexte à la narration et au lien avec l’audience.
💡 La leçon : en France, le Let’s Play a supplanté la télévision traditionnelle en tant que média de référence pour suivre le jeu vidéo.
Et à l’international ?
Le phénomène dépasse évidemment nos frontières. Twitch, plateforme reine du genre, comptait plus de 240 millions d’utilisateurs actifs mensuels en 2025, pour plus de 21 milliards d’heures de visionnage cumulées en 2024.
Aux États-Unis, des créateurs comme Markiplier ou Jacksepticeye ont bâti des communautés de plusieurs dizaines de millions d’abonnés, en misant sur la même recette : une personnalité forte, une capacité à raconter des histoires, et une vraie proximité avec leur audience malgré l’écran qui les sépare.
Ce qui est intéressant, c’est que ce succès dépasse le simple divertissement. Des jeux indépendants deviennent des hits parce qu’un créateur populaire les a mis en avant. Des carrières entières se construisent devant une webcam. Le Let’s Play est devenu un véritable levier économique et culturel, à l’échelle mondiale.
💡 La leçon : le besoin de suivre quelqu’un jouer est universel. Seuls les visages et les plateformes changent selon les pays.
Conclusion
En creusant cette question, je me rends compte que le Let’s Play répond à des besoins bien plus profonds qu’un simple divertissement : l’accès à des histoires qu’on ne vivrait pas autrement, le besoin de lien social, et l’attachement à des figures qui deviennent presque familières au fil du temps.
Ce que je vous ai partagé ici reste ma lecture personnelle du phénomène. Je ne prétends pas être exhaustif, mais j’avais envie de remettre ce sujet sur la table, tant il façonne aujourd’hui notre rapport au jeu vidéo, bien au-delà de la simple manette.
Et vous, qu’est-ce qui vous pousse à regarder quelqu’un jouer plutôt que de jouer vous-même ?
Sources :
- Étude SELL / Médiamétrie 2025 « Les Français et le jeu vidéo » : AFJV, septembre 2025
- Fermeture de Game One et histoire du Let’s Play en France : Rom-Game.fr, mars 2026 | Jurojin.net, décembre 2025
- Voyage par procuration et immersion des Let’s Play : SiteGeek.fr, décembre 2025
- Relations parasociales et bien-être sur Twitch : Healthy Gamer | PubAdmin Institute, avril 2026
- Squeezie et son parcours : Wikipedia EN | Inside Créateurs, 2026
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